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Photo Jean Goupil, La Presse

Les produits du terroir québécois, comme ces produits à base de chicoutai, petit fruit typique de la Minganie, n'obtiennent pas tout le soutien voulu de la part du gouvernement québécois selon une boulangère du Bas-Saint-Laurent.


     

Le vendredi 07 octobre 2005

 
 

Pour en finir avec le terroir
Ariane Krol

La Presse
«C'est mon dernier tour de piste. La production artisanale, je n'en parle plus, j'en fais», lance la propriétaire de Bis la Boulange à Rivière-du-Loup.
Marie Anne Rainville revenait de Québec où elle avait participé aux audiences sur le projet de loi sur les appellations du terroir. «Je suis essentiellement allée dire à l'État qu'il faisait fausse route. Je ne pense pas qu'ils vont retenir grand-chose de ce que j'ai dit», a-t-elle commenté avec une pointe de fatalisme.

Ce serait dommage. D'abord parce que Marie Anne Rainville est la seule artisane à avoir présenté un mémoire. Et surtout parce que cette néo-boulangère de 47 ans en connaît un bout sur l'agriculture et le terroir. Avant de se lancer dans la confection de pains bis et de brioches aux dattes, elle a travaillé à l'Union des producteurs agricoles durant six ans et à Solidarité rurale durant 12 ans. Elle a aussi participé au premier inventaire des produits du terroir québécois et à la fondation d'OriGIn, un réseau international de défense et de promotion des indications géographiques.
«Arrêtez d'inventer des définitions et prenez celles des Européens parce qu'en ces matières, c'est l'Europe qui fait loi», dit-elle en faisant référence au système d'appellations qui protège le Roquefort, le parmigiano-reggiano et des centaines d'autres produits.

Un bref rappel pour ceux qui n'ont pas suivi le feuilleton du terroir. Après plus de 18 mois de consultations, le ministère de l'Agriculture a enfin déposé un projet de loi permettant à un produit «d'obtenir une appellation réservée attestant son lien avec le terroir ou sa spécificité fermière ou artisanale». Le problème, c'est que les conditions d'utilisation des termes fermier et artisanal feront partie d'une autre loi, celle sur les produits alimentaires.

Vous faites exprès pour semer la confusion ou quoi? Je ne sais pas s'il faut adopter les définitions de l'Union européenne, mais qu'on arrête de tourner autour du pot. C'est la troisième fois en deux ans que Québec présente un cadre jugé inadéquat autant par les organismes qui représentent les producteurs que par ceux qui défendent les consommateurs.

Québec doit appuyer les fromagers, boulangers et cidriculteurs artisans comme il l'a fait avec les producteurs de porc et de lait, plaide aussi Mme Rainville. Évidemment, les retombées économiques ne seront jamais comparables. Mais les retombées, ça se mesure de bien des façons.

Que pensez-vous qu'on sert à boire lorsque le ministre de l'Agriculture prononce un discours au Salon international de l'alimentation? De la Molson Ex ou du cidre de glace? Pourtant, Molson est une belle grande entreprise historique qui génère pas mal plus d'emplois et de revenus que toutes les cidreries de la province mises ensemble. Mais devant la visite, on est content d'avoir autre chose à offrir.

Depuis quelques années, le terroir est devenu l'un des meilleurs arguments de vente du ministère du Tourisme. Ce serait dommage d'en rester là. On trouve dans cette province des alcools, des fromages et plusieurs autres produits dont l'intérêt dépasse largement leur région d'origine. Il est temps de donner à leurs créateurs les outils pour les promouvoir et les défendre, et aux consommateurs les moyens de s'y retrouver.